On dit souvent que, lorsqu’il y a de l’amour, tout s’arrange. Que l’amour peut tout. J’aimerais tellement que ce soit toujours vrai.
Parce que lorsque l’on aime profondément quelqu’un, on a envie de croire que notre amour suffira à le rassurer, à l’aider, à le sauver parfois, à lui redonner confiance.
Au début d’une relation, tout semble plus simple. Nous sommes portés par l’élan de la rencontre. Nous donnons avec générosité, avec patience, avec compréhension.
Puis arrivent les premiers nuages, les premières incompréhensions, les premières blessures.
Alors nous essayons de rassurer l’autre. Nous expliquons. Nous pardonnons. Une fois. Puis deux. Puis davantage.
Nous faisons des efforts, nous nous adaptons, jusqu’au jour où nous réalisons que nous ne nous sommes plus seulement adaptés…
Nous nous sommes suradaptés.
Parfois, nous nous oublions. Parfois même, nous nous éteignons, en pensant que c’est cela, aimer.
Et pourtant… malgré toute la sincérité de vos sentiments, les mêmes difficultés reviennent : les mêmes disputes, les mêmes peurs, les mêmes réactions.
Jusqu’au jour où vous vous demandez : « Pourquoi notre amour ne suffit-il pas ? »
La réponse est parfois difficile à entendre. Non pas parce que l’amour manque, mais parce qu’il ne peut pas, à lui seul, réparer ce qui s’est construit pendant des années.
Une blessure ne disparaît pas simplement parce qu’une personne nous aime, pas plus qu’une fracture ne se consolide uniquement parce que quelqu’un nous tient la main.
L’amour accompagne. Il soutient. Il donne de la force. Il donne envie d’avancer. Mais il ne remplace pas le travail nécessaire pour comprendre et apaiser certaines blessures.
Il arrive même que l’amour révèle ce qui était déjà présent bien avant la rencontre : une peur de l’abandon, un besoin constant d’être rassuré, la difficulté à faire confiance, la peur de ne pas être à la hauteur.
Ce n’est pas l’amour qui crée ces blessures. Il les révèle.
Et c’est une bonne nouvelle, parce que ce qui devient visible peut enfin être compris, puis apaisé.
Je le dis souvent à mes patients : le problème n’est pas d’avoir des blessures. Nous en avons tous.
Le véritable enjeu est d’accepter qu’elles existent et de ne plus leur laisser décider de notre avenir.
Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui nous est arrivé.
En revanche, nous devenons responsables de ce que nous choisissons d'en faire.
Une thérapie ne remplace pas l’amour. Elle ne vient pas non plus contrôler l’autre.
Elle permet à chacun de comprendre ce qui lui appartient, d’apaiser ce qui continue d’influencer la relation et de retrouver la liberté d’aimer sans être constamment guidé par ses peurs.
Parce qu’aimer ne consiste pas à réparer l’autre, pas plus qu’à attendre qu’il nous répare.
Aimer, c’est avancer côte à côte : deux personnes, deux histoires, deux responsabilités, un même choix. Celui de ne plus laisser le passé décider de l’avenir de leur couple.
Lorsque chacun entreprend ce chemin, l’amour retrouve enfin sa véritable place. Non pas celle d’un pansement, mais celle d’un lien. Un lien libre, solide et profondément vivant.
L’amour est une force extraordinaire. Mais il devient encore plus fort lorsque chacun choisit de réparer ce qui lui appartient.
Et si je devais résumer cette conviction en quelques mots, ce seraient ceux qui guident chacune de mes thérapies :
Comprendre apaise. Neutraliser libère. Reconstruire transforme une vie… et permet à deux personnes de ne plus laisser leur passé décider de leur avenir.
Nathalie Malles






